Kiyomizu-dera (en japonais 清水寺) est l'un des temples les plus visités du Japon. Avant la pandémie de COVID-19, il accueillait environ 5,5 millions de visiteurs par an. Le temple se trouve dans le quartier de Higashiyama, sur le flanc est de Kyoto, à une altitude d'environ 240 mètres. Son nom complet est Otowa-san Kiyomizu-dera. "Kiyomizu" signifie "eau pure", en référence à la cascade Otowa qui coule sur le site depuis plus de mille ans. Le temple appartient à l'école bouddhiste Kita-Hosso et figure sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1994, au sein de l'ensemble "Monuments historiques de l'ancienne Kyoto".
Kiyomizu-dera en bref
Le temple a été fondé en 778 par Enchin, un moine originaire de Nara. Selon la tradition, Enchin a suivi le cours d'une rivière jusqu'à la cascade Otowa, où il a rencontré un ermite nommé Gyoei. Ce dernier lui a confié un morceau de bois sacré avant de disparaître. Enchin a sculpté une statue de Kannon (déesse de la compassion bouddhiste) dans ce bois et a construit un petit temple pour l'abriter au-dessus de la cascade.
Deux ans plus tard, en 780, le général Sakanoue no Tamuramaro est venu chasser un cerf dans les collines. Il a rencontré Enchin, qui l'a convaincu d'abandonner la chasse. Tamuramaro, touché par les enseignements du moine, a fait don de sa propre résidence pour agrandir le temple. Il est devenu l'un des principaux mécènes du site. L'empereur Kanmu a reconnu le temple en 798.
Le complexe a été détruit par le feu à plusieurs reprises au cours de son histoire. Le hall principal (hondo) actuel date de 1633. Il a été reconstruit sous le patronage du shogun Tokugawa Iemitsu. L'ensemble du site comprend plus de 30 bâtiments, dont beaucoup sont classés comme Biens culturels importants du Japon. Le temple n'est affilié à aucun des grands complexes monastiques de Kyoto, ce qui lui confère une indépendance administrative rare parmi les temples japonais.
La terrasse (butai)
La terrasse du hall principal est l'élément le plus connu de Kiyomizu-dera. Cette plateforme en bois (appelée "butai", littéralement "scène") s'avance de 13 mètres au-dessus du flanc de la colline boisée. Elle repose sur 139 piliers en bois de zelkova, assemblés selon les techniques traditionnelles de charpenterie japonaise. Aucun clou n'est utilisé dans la structure. Les pièces de bois sont emboîtées par un système de tenons et mortaises.
La terrasse servait à l'origine de scène pour les danses et les cérémonies religieuses dédiées à Kannon. Elle offre une vue dégagée sur Kyoto et sur la forêt de cerisiers et d'érables qui couvre la vallée en contrebas. Par temps clair, on aperçoit la Tour de Kyoto au loin.
Il existe une expression japonaise célèbre liée à cet endroit : "Kiyomizu no butai kara tobioriru" (sauter du haut de la terrasse de Kiyomizu). Elle signifie "prendre une décision radicale" ou "se lancer sans filet". L'expression n'est pas que métaphorique. Des registres historiques du temple montrent qu'entre 1694 et 1864, 234 personnes ont sauté de la terrasse. Le taux de survie était de 85,4 %, car la végétation dense en contrebas amortissait la chute. La pratique a été interdite en 1872. Une balustrade a été installée à cette époque.
La terrasse mesure environ 190 m² de surface. Les piliers qui la soutiennent atteignent jusqu'à 12 mètres de hauteur. La structure a été réparée et renforcée à plusieurs reprises, mais la technique de construction est restée la même depuis le XVIIe siècle.
La cascade Otowa
Au pied du hall principal, la cascade Otowa (Otowa-no-taki) se divise en trois filets d'eau qui tombent dans un bassin. Les visiteurs font la queue pour boire l'eau à l'aide de longues tasses métalliques fixées à des perches. Chaque filet d'eau est associé à un bienfait différent : la réussite dans les études, le succès en amour, et la longévité.
La tradition veut que l'on choisisse un seul des trois filets. Boire aux trois est considéré comme un signe d'avidité, et la croyance populaire dit que cela annule les bienfaits. Les tasses sont stérilisées par un système de lumière ultraviolette entre chaque utilisation. L'eau de la cascade Otowa est celle qui a donné son nom au temple. Elle coule depuis la montagne Otowa et est considérée comme pure depuis la fondation du site au VIIIe siècle.
Rénovation 2017-2020
Entre 2017 et 2020, le toit du hall principal a fait l'objet d'une rénovation complète. Le toit est couvert en hiwadabuki, une technique qui utilise des lamelles d'écorce de cyprès japonais (hinoki) superposées. C'était la première rénovation de cette ampleur en 50 ans.
Les artisans ont remplacé 470 000 lamelles d'écorce de cyprès. Le coût total des travaux est estimé à plusieurs centaines de millions de yen. Pendant toute la durée du chantier, le temple est resté ouvert au public. Des échafaudages recouvraient le hall principal, mais la terrasse et la cascade Otowa restaient accessibles. Depuis la fin des travaux, le toit a retrouvé sa teinte brun clair caractéristique, qui foncera progressivement avec le temps et les intempéries.
Parcours de visite
La visite commence par le Niomon (Porte Nio), construite en 1478 et classée Bien culturel important du Japon. Deux statues de gardiens (Nio) flanquent l'entrée. La porte a été restaurée en 2003. En passant le Niomon, on accède à l'allée principale qui monte vers le temple.
La pagode à trois étages (Sanju-no-to) se dresse à gauche de l'allée. Elle mesure 31 mètres de hauteur et date de 1632. C'est la plus grande pagode à trois étages du Japon. Peinte en vermillon, elle est l'un des éléments les plus photographiés du site, surtout au printemps quand les cerisiers l'encadrent.
Dans l'enceinte du temple, le Jishu-jinja est un sanctuaire shinto dédié à Okuninushi, divinité de l'amour et des bonnes relations. Deux "pierres d'amour" (koiuranai no ishi) se trouvent à 18 mètres l'une de l'autre. La tradition dit que si l'on marche de l'une à l'autre les yeux fermés, sans dévier de sa trajectoire, on trouvera l'amour. Si quelqu'un vous guide par la voix, cela signifie qu'un intermédiaire jouera un rôle dans votre vie amoureuse. Le sanctuaire Jishu-jinja a été fermé pour rénovation en 2022 et sa réouverture est prévue pour 2025-2026.
Le Zuigu-do propose une expérience singulière : un parcours souterrain dans l'obscurité totale. Pour 100 yen, les visiteurs descendent sous le temple et suivent une corde dans le noir complet. Ce parcours représente symboliquement le ventre maternel (tainai meguri). On avance en tenant la corde, sans aucune lumière, jusqu'à atteindre une pierre gravée d'un symbole bouddhiste éclairé par une faible lueur. On fait un voeu, puis on remonte vers la lumière. L'expérience dure environ cinq minutes.
Saisons et illuminations
Sakura (fin mars à mi-avril) : environ 1 500 cerisiers entourent le temple. Pendant cette période, des ouvertures nocturnes spéciales (yakan tokubetsu haikan) sont organisées. Les arbres sont illuminés et un faisceau de lumière bleue est projeté dans le ciel nocturne depuis la terrasse, représentant la compassion de Kannon qui se répand sur la ville. L'effet visuel est saisissant, avec les cerisiers en fleurs baignés de lumière contre le ciel sombre.
Koyo (mi-novembre à début décembre) : environ 1 000 érables japonais couvrent la vallée en contrebas de la terrasse. Les feuilles passent du vert au jaune, puis à l'orange et au rouge vif. Les illuminations d'automne suivent le même format que celles du printemps, avec une session du soir de 17h30 à 21h00 et une admission séparée de 400 yen. La vue depuis la terrasse sur la mer de feuilles rouges illuminées en contrebas est l'une des images les plus connues de Kyoto.
En été, le temple organise le Sennichi Mairi (mille jours de visite) autour du 14-16 août. Une seule visite à cette date équivaut à mille visites ordinaires, selon la croyance. En hiver, quand la neige recouvre les toits et les arbres nus, le site est beaucoup moins fréquenté. Les matins d'hiver après une chute de neige offrent des conditions photographiques rares.
Ninenzaka et Sannenzaka
Les rues Ninenzaka (二年坂) et Sannenzaka (三年坂) sont les voies historiques qui montent vers le temple. Ces ruelles pavées et pentues sont bordées de maisons en bois de l'époque Edo, aujourd'hui converties en boutiques, salons de thé et cafés. L'architecture est protégée par un arrêté municipal qui interdit les modifications de façade.
En 2017, Starbucks a ouvert un café dans une machiya (maison de ville traditionnelle en bois) rénovée sur Ninenzaka. Le bâtiment date de plus de 100 ans. L'intérieur conserve les tatamis et les cloisons coulissantes en papier. Ce Starbucks est devenu l'un des plus photographiés au monde. Il n'y a aucune enseigne verte visible depuis la rue, pour respecter les règles de conservation du quartier. Seul un petit panneau discret signale sa présence.
Il existe une superstition locale au sujet de Sannenzaka : trébucher ou tomber dans cette rue apporterait trois ans de malchance. Le nom "Sannenzaka" peut se lire comme "pente des trois ans", ce qui a probablement donné naissance à la croyance. En pratique, les marches irrégulières en pierre demandent de la prudence, surtout par temps de pluie. La superstition pourrait être un moyen ancien d'inciter les gens à regarder où ils mettent les pieds.
Accès et infos pratiques
Depuis la gare de Kyoto, prenez le bus 100 ou 206 jusqu'à l'arrêt Kiyomizu-michi. Le trajet dure environ 15 minutes et coûte 230 yen. Depuis l'arrêt de bus, il faut marcher 10 minutes en montée le long des rues commerçantes (Matsubara-dori, puis Kiyomizu-zaka) pour atteindre l'entrée du temple.
L'admission au temple coûte 400 yen pour les adultes. Pendant les illuminations nocturnes, une admission séparée de 400 yen est demandée. Les horaires d'ouverture sont de 6h00 à 18h00 la majeure partie de l'année. Pendant les périodes d'illumination, le temple ferme brièvement en fin d'après-midi, puis rouvre de 17h30 à 21h00 pour la session du soir.
Pour éviter la foule, le meilleur conseil est simple : arrivez à 6h00, dès l'ouverture. Le site se remplit rapidement après 9h00, et entre 10h00 et 15h00, la terrasse et la cascade Otowa sont prises d'assaut. Les jours de semaine sont moins chargés que les week-ends, mais la différence s'amenuise pendant les saisons de sakura et koyo.
Kiyomizu-dera se combine facilement avec d'autres sites du quartier Higashiyama. En descendant par Ninenzaka et Sannenzaka, vous pouvez rejoindre le reste de Kyoto à pied. Pour planifier votre itinéraire au Japon, consultez notre page Voyage et notre guide Quand partir au Japon.
Combinaison recommandée : Kiyomizu-dera tôt le matin, puis descente par Ninenzaka et Sannenzaka vers le Kodai-ji et le sanctuaire Yasaka-jinja. Déjeuner dans le quartier de Gion. Cette boucle couvre les principaux sites de Higashiyama en une demi-journée, entièrement à pied.
Préparer votre visite
Le budget pour une visite de Kiyomizu-dera est modeste. Le temple (400 yen), le bus aller-retour (460 yen) et un déjeuner dans les rues adjacentes (800 à 1 500 yen) totalisent environ 2 000 yen. Si vous ajoutez les illuminations nocturnes (400 yen) et le Zuigu-do (100 yen), comptez environ 2 500 yen. Les boutiques de souvenirs sur Ninenzaka et Sannenzaka proposent des articles à partir de quelques centaines de yen (éventails, encens, céramiques Kiyomizu-yaki).
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