Le Kinkaku-ji est le monument le plus visité de Kyoto. Son nom officiel est Rokuon-ji (temple du jardin des cerfs). Il se trouve dans le nord-ouest de la ville, au pied des collines de Kitayama. Le site reçoit environ 5 millions de visiteurs par an. Derrière l'image de carte postale, le bâtiment que l'on voit aujourd'hui n'est pas l'original. Il a été reconstruit en 1955, cinq ans après un incendie criminel qui a détruit la structure vieille de plus de cinq siècles.
Kinkaku-ji en bref
En 1397, le shogun Ashikaga Yoshimitsu achète le domaine au clan Saionji pour y construire sa villa de retraite, appelée Kitayama-den. Yoshimitsu abdique officiellement en faveur de son fils, mais continue de gouverner depuis ce lieu. Le pavillon doré sert à la fois de résidence, de salle de réception et de lieu de méditation. Yoshimitsu y reçoit l'empereur Go-Komatsu en 1408, quelques semaines avant sa propre mort.
Après le décès de Yoshimitsu, son fils Ashikaga Yoshimochi convertit la villa en temple zen de l'école Rinzai, conformément aux volontés du défunt. Le temple prend le nom de Rokuon-ji, d'après le nom bouddhiste posthume de Yoshimitsu. Pendant les siècles suivants, le site subit plusieurs dommages lors des guerres civiles, mais le pavillon doré lui-même survit intact jusqu'en 1950.
Le Kinkaku-ji fait partie des 17 monuments historiques de l'ancienne Kyoto inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1994. Ce classement couvre le temple, le jardin et le bassin comme un ensemble indissociable.
Architecture et or
Le pavillon compte trois étages, chacun dans un style architectural distinct. Le premier étage, appelé Hosui-in, adopte le style shinden-zukuri propre à l'architecture aristocratique de l'époque Heian. Ses murs sont ouverts, avec des piliers en bois naturel. C'est le seul étage qui n'est pas recouvert d'or.
Le deuxième étage, Choon-do, suit le style bukke-zukuri des résidences de samouraïs. Ses parois extérieures sont entièrement recouvertes de feuilles d'or. Il abrite une statue de Kannon assise et des sculptures de bodhisattvas. Le troisième étage, Kukkyo-cho, est le plus petit. Son style est celui des temples zen chinois de l'époque Song. Lui aussi est doré. Il contient une triade de bouddhas, et son plafond est orné de peintures.
Lors de la grande restauration de 1987, les artisans ont appliqué environ 200 000 feuilles d'or sur les deux étages supérieurs. Chaque feuille mesure 10,8 cm de côté et 0,1 micromètre d'épaisseur, soit cinq fois plus épais que les feuilles d'or utilisées sur le bâtiment original. La quantité totale d'or utilisée avoisine les 20 kilogrammes. La laque urushi, appliquée en couche intermédiaire, protège le bois et fixe l'or.
Au sommet du toit, un ho-oh (phénix) en bronze doré fait face au sud. Cet oiseau mythique symbolise la vertu et la bienveillance du dirigeant. Le phénix actuel est une reproduction installée lors de la reconstruction de 1955.
Le jardin et le bassin Kyoko-chi
Le bassin Kyoko-chi (bassin miroir) occupe le centre du jardin. Il a été conçu pour refléter le pavillon doré, et c'est depuis ses berges que l'image classique du Kinkaku-ji est prise. Le plan d'eau contient plusieurs petites îles, dont Ashiwara-jima et Tsuru-jima (île de la grue), disposées pour évoquer un paysage miniature chinois.
Le jardin a été pensé comme une représentation terrestre du paradis de la Terre Pure du bouddhisme. Les pierres, les pins taillés et les îlots composent un tableau que l'on découvre en marchant le long d'un circuit balisé. Ce parcours dure entre 30 et 40 minutes. Il passe devant le pavillon, longe le bassin, traverse un petit bois de bambous et monte légèrement vers une colline où se trouve une maison de thé.
Près de la sortie, un petit stand vend du matcha et des wagashi (pâtisseries japonaises) pour environ 500 yen. La dégustation se fait en plein air, avec vue sur les arbres du domaine. Ce n'est pas une cérémonie du thé formelle, mais un moment agréable après la visite.
L'incendie de 1950
Le 2 juillet 1950, un moine novice de 21 ans nommé Hayashi Yoken met le feu au pavillon doré. Le bâtiment, entièrement en bois, est détruit en quelques heures. Plusieurs oeuvres d'art et statues conservées à l'intérieur disparaissent dans les flammes. Hayashi tente de se suicider sur la colline derrière le temple, mais survit.
Arrêté et jugé, il est diagnostiqué comme souffrant de troubles mentaux. Le tribunal le condamne à sept ans de prison. Il est libéré après cinq ans pour raisons de santé. Il meurt de la tuberculose en 1956, à l'âge de 26 ans. Les motivations de son geste restent débattues. Lors de son interrogatoire, il déclare avoir agi par jalousie envers la beauté du pavillon.
L'événement inspire le romancier Yukio Mishima, qui publie en 1956 "Le Pavillon d'Or" (Kinkakuji). Le roman explore la relation obsessionnelle d'un jeune moine bègue avec la beauté du temple. Mishima transforme le fait divers en une méditation sur l'esthétique, la destruction et l'impossibilité de posséder la beauté. Le livre est traduit dans une trentaine de langues et reste l'une des oeuvres les plus lues de la littérature japonaise moderne.
Visite pratique
Le billet d'entrée est un o-fuda, un talisman calligraphié sur papier que les visiteurs conservent comme souvenir. Le tarif est de 500 yen pour les adultes et 300 yen pour les enfants (écoles primaires et collèges). Le temple est ouvert tous les jours de 9h à 17h, sans jour de fermeture.
Le pavillon ne se visite pas de l'intérieur. On le contemple depuis l'extérieur, en suivant le circuit du jardin. Le premier point de vue, juste après l'entrée, offre la perspective la plus connue : le Kinkaku-ji face au bassin, avec les collines de Kitayama en arrière-plan.
Le matin reste le meilleur moment pour visiter. Avant 10h, la lumière frappe le pavillon de face et son reflet dans le bassin est net. L'après-midi, le contre-jour rend la photographie plus difficile. Les jours de neige sont rares à Kyoto (deux à trois fois par hiver), mais le contraste entre l'or du pavillon et le blanc de la neige crée une image que beaucoup de photographes considèrent comme la plus belle du Japon.
Conseil photo : arrivez à 9h pile, quand les portes ouvrent. Les premiers visiteurs ont quelques minutes devant le bassin principal sans la foule. Les jours de semaine hors vacances scolaires sont les moins fréquentés.
Ginkaku-ji, le Pavillon d'Argent
Le Ginkaku-ji (temple du Pavillon d'Argent) est souvent visité en complément du Kinkaku-ji. Il a été construit en 1482 par Ashikaga Yoshimasa, petit-fils de Yoshimitsu. Malgré son nom, le pavillon n'a jamais été recouvert d'argent. Plusieurs théories existent : Yoshimasa aurait prévu de le recouvrir mais serait mort avant, ou bien le nom serait un surnom ironique donné plus tard par contraste avec le Pavillon d'Or.
Le Ginkaku-ji est célèbre pour son jardin de sable sec. Le Ginshadan ("mer de sable argenté") est un parterre de sable blanc ratissé en vagues parallèles. Le Kogetsudai ("plate-forme contemplant la lune") est un cône de sable de près de deux mètres de haut. L'entretien de ces structures est quotidien : les moines les ratissent chaque matin avant l'ouverture.
Le Ginkaku-ji se situe dans le nord-est de Kyoto, à l'opposé du Kinkaku-ji qui est au nord-ouest. Le bus 204 relie les deux temples en environ 40 minutes. Le trajet traverse le nord de la ville et passe par le quartier universitaire. Si vous visitez les deux dans la même journée, commencez par le Kinkaku-ji le matin (meilleure lumière) et terminez par le Ginkaku-ji l'après-midi.
Accès
Depuis la gare de Kyoto, prenez le bus 101 ou 205 jusqu'à l'arrêt Kinkaku-ji-michi. Le trajet dure environ 40 minutes et coûte 230 yen. Les bus de Kyoto sont souvent bondés, surtout en automne et au printemps. Préparez l'appoint ou utilisez une carte IC (Suica, ICOCA).
Une alternative moins connue : prenez le métro Karasuma Line jusqu'à la station Kitaoji (15 minutes depuis Kyoto Station, 260 yen), puis un taxi jusqu'au Kinkaku-ji (environ 10 minutes, 1 000 yen). Cette option évite les bus surchargés et fait gagner du temps les jours de forte affluence.
Le Kinkaku-ji se combine bien avec deux autres temples proches. Le Ryoan-ji, célèbre pour son jardin de pierres (le plus connu du Japon), se trouve à 15 minutes de marche vers le sud-ouest. Le Ninna-ji, avec sa pagode à cinq étages et ses cerisiers tardifs, est à 10 minutes de marche au-delà du Ryoan-ji. Ces trois temples forment un itinéraire de demi-journée très cohérent dans le nord-ouest de Kyoto.
Itinéraire recommandé : Kinkaku-ji à 9h, puis marche vers le Ryoan-ji (15 min), puis le Ninna-ji (10 min). Déjeuner dans le quartier, et bus vers le Ginkaku-ji l'après-midi. Cette boucle couvre quatre sites majeurs de Kyoto en une journée.
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